Bien que la mortalité des jeunes escargots freine la rentabilité de l’héliciculture en Afrique, des pratiques simples et rigoureuses permettent de sauver la grande majorité de la production.
Voici comment réduire jusqu’à 90 % des pertes
La mortalité des jeunes escargots reste l’un des plus grands défis de l’héliciculture en Afrique. Très fragiles durant leurs premières semaines de vie, les juvéniles peuvent mourir en grand nombre lorsque l’humidité, l’alimentation ou l’hygiène ne sont pas correctement maîtrisées. Plusieurs études scientifiques récentes et de nombreux spécialistes de l’élevage montrent pourtant que des solutions simples permettent de réduire fortement cette mortalité, de protéger les investissements des producteurs et de rendre cette activité beaucoup plus rentable.
Les jeunes escargots sont particulièrement vulnérables dès leur sortie de l’œuf. Leur coquille est encore fine et molle, leur organisme contient peu de réserves et leur croissance dépend d’un environnement très stable. La moindre erreur peut entraîner une mortalité rapide. Une étude publiée en 2026 dans la revue Scientific African sur les élevages du sud du Bénin, notamment dans la commune d’Abomey-Calavi, confirme que les principales difficultés rencontrées par les héliciculteurs sont le manque d’encadrement technique, les attaques de prédateurs, les problèmes liés à l’eau et l’absence d’aliments spécifiques.
Dans plusieurs formations publiées sur YouTube, des spécialistes africains de l’héliciculture, notamment Bernus Bleu et les techniciens de l’Institut africain d’héliciculture, expliquent que les pertes peuvent dépasser 50 % à 60 % lorsque les jeunes escargots sont mal nourris ou élevés dans de mauvaises conditions. Cela signifie qu’un éleveur qui obtient 2 000 bébés escargots peut en perdre plus de 1 000 en quelques semaines.
« Beaucoup d’éleveurs placent trop de jeunes escargots dans un espace réduit »
Les erreurs les plus fréquentes sont bien connues. Beaucoup d’éleveurs placent trop de jeunes escargots dans un espace réduit, ce qui favorise les maladies. D’autres se contentent de leur donner uniquement des feuilles ou des fruits, sans complément minéral. Or, la coquille d’un escargot est constituée en grande partie de calcium. Sans poudre de coquilles d’huîtres, os de seiche ou coquilles d’escargots stérilisées et broyées, la coquille reste fragile et la mortalité augmente fortement.
Une étude publiée en 2025 dans l’Asian Journal of Dairy and Food Research a montré que des aliments enrichis avec 20 % de poudre de coquilles d’huîtres améliorent nettement la croissance des escargots et leur taux de survie. Des travaux plus anciens réalisés au Bénin recommandent également l’utilisation de poudre de coquilles d’huîtres pour couvrir les besoins en calcium des jeunes escargots.
Les pesticides constituent également un danger. Des végétaux contaminés peuvent tuer rapidement les escargots. Une étude menée en Côte d’Ivoire sur l’effet du glyphosate et d’autres herbicides a mis en évidence une forte mortalité et d’importantes perturbations biologiques chez les escargots exposés à ces substances.
Les conséquences économiques sont considérables. Avec 2 000 jeunes escargots et une mortalité de 50 %, il ne reste que 1 000 individus. Si chaque escargot adulte est vendu à 500 F CFA, la perte potentielle atteint 500 000 F CFA. Lorsque les pertes dépassent 70 %, la rentabilité du projet est sérieusement compromise. Cette situation réduit aussi l’offre sur les marchés et contribue à maintenir des prix élevés pour les consommateurs.
Les solutions qui réduisent la mortalité des jeunes escargots
Les solutions à la mortalité des jeunes escargots sont simples, mais elles exigent de la rigueur. Les juvéniles doivent être élevés dans une nurserie propre, bien ventilée et protégée contre les fourmis, les rats, les lézards et les crapauds. Le substrat doit rester humide sans être détrempé. Une humidité comprise entre 75 % et 95 % est généralement recommandée pour favoriser la croissance.
L’alimentation doit être variée et équilibrée. La papaye, les feuilles de moringa, la patate douce, la courge et certains compléments comme le son de blé apportent des nutriments essentiels. Le calcium doit être disponible en permanence pour renforcer la coquille. Les restes d’aliments doivent être retirés chaque jour afin d’éviter le développement de moisissures et de bactéries.
La densité d’élevage doit rester faible. Un nombre excessif de jeunes escargots dans un petit espace augmente le stress, ralentit la croissance et favorise la propagation des maladies. Les techniciens de l’Institut africain d’héliciculture indiquent qu’un bon respect de ces règles permet d’obtenir des taux de survie de 70 % à 90 %, contre moins de 50 % dans les élevages mal conduits.
L’escargot présente pourtant un fort potentiel nutritionnel et économique. Sa viande est riche en protéines de haute qualité et contient également du fer, du calcium et des acides aminés essentiels, tout en restant pauvre en matières grasses. L’héliciculture nécessite peu d’espace, demande un investissement relativement accessible et répond à une demande croissante en Afrique de l’Ouest.
« La mortalité des jeunes escargots n’est pas une fatalité »
La mortalité des jeunes escargots n’est donc pas une fatalité. Dans la plupart des cas, elle résulte d’erreurs techniques qui peuvent être corrigées grâce à une meilleure formation et à une conduite plus rigoureuse de l’élevage. Une nurserie propre, une alimentation complète, un apport constant en calcium et une bonne maîtrise de l’humidité suffisent souvent à sauver une grande partie du cheptel. Chaque jeune escargot qui survit représente un revenu supplémentaire pour l’éleveur et une opportunité de développement pour une filière encore largement sous-exploitée en Afrique.
Source : Le Rural Bénin



