La grippe aviaire, un virus hautement mortel pour les volailles, se propage de plus en plus en Afrique de l’Ouest. Cette progression menace directement la stabilité financière des éleveurs locaux, dont l’activité dépend principalement de structures familiales ou semi-intensives.
Depuis début 2026, la réapparition du virus hautement pathogène H5N1 dans plusieurs États ouest-africains expose à nouveau les faiblesses persistantes des élevages locaux face à cette menace sanitaire historique. Décryptage.
Déjà trois pays touchés en 2026
Sans doute le pays le plus touché en 2026, le Nigeria a confirmé le 4 juin dernier, par le biais de son ministère du Développement de l’élevage, l’apparition de plusieurs foyers de la maladie depuis janvier 2026 à travers les États de Kebbi, Kano, Katsina, Plateau et Bauchi.
Avant cela, c’est le Sénégal qui a notifié le 3 juin à l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) l’apparition d’un foyer de grippe aviaire hautement pathogène H5N1, marquant un retour de la maladie après trois ans d’accalmie. Selon la déclaration officielle, l’infection aurait été introduite via des canards reproducteurs achetés sur un marché local dans la région de Fatick, avant d’être confirmée dans une exploitation avicole située à Dakar.
Quelques semaines plus tôt, le 16 avril 2026, la Côte d’Ivoire avait également signalé à l’OMSA un foyer de H5N1 dans une exploitation de Koun-Fao. L’épisode a entraîné la mort d’environ 95 000 volailles et marque le retour du virus après plus de cinq années sans déclaration officielle.
Une maladie très contagieuse et récurrente
La grippe aviaire hautement pathogène est une maladie virale qui affecte principalement les volailles domestiques et les oiseaux sauvages. Le virus H5N1 se transmet rapidement entre animaux par contact direct, via les fientes, les sécrétions respiratoires ou encore les équipements contaminés. Selon l’OMSA, la maladie entraîne généralement des taux de mortalité très élevés chez les volailles.
La situation actuelle en Afrique de l’Ouest s’inscrit dans une dynamique régionale observée depuis plusieurs années. Selon les données de l’OMSA, la région a connu une première vague importante en 2021 avec le signalement de nouveaux foyers de la maladie par 9 pays de la sous-région comprenant le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Niger, le Mali, le Ghana, le Nigeria, le Bénin et la Mauritanie.
Entre 2022 et 2023, la circulation du virus s’est poursuivie de manière intermittente, avec de nouveaux foyers signalés au Burkina Faso, au Togo, au Niger, au Sénégal, en Guinée et en Gambie, confirmant la persistance du virus dans l’écosystème avicole régional. Entre 2024 et 2025, une nouvelle dynamique d’intensification a été observée, avec des notifications dans plusieurs pays dont le Nigeria, le Niger, le Ghana, le Togo et le Libéria, touchant aussi bien les volailles domestiques que, dans certains cas, les oiseaux sauvages.
Ainsi, la grippe aviaire apparaît moins comme une succession d’épisodes isolés que comme une épizootie cyclique régionale, caractérisée par des vagues successives et des périodes d’accalmie relative depuis 2021.
Ce que font les États pour contenir la nouvelle épizootie
Face à la résurgence du virus, plusieurs pays de la sous-région, y compris ceux qui ne sont pas encore touchés, renforcent leurs dispositifs de prévention.
Le Nigeria, en partenariat avec la FAO, a lancé un projet de 350 000 $ pour lutter contre la grippe aviaire. L’initiative vise à renforcer la surveillance, le diagnostic et la communication des risques, tout en formant 240 agents de santé animale pour mieux gérer l’industrie avicole.
Entre le 26 avril et le 2 mai, le Burkina Faso qui possède des frontières avec la Côte d’Ivoire a mené une campagne de sensibilisation dans les postes frontaliers afin de réduire les risques d’introduction du virus sur son territoire.
La Guinée a également annoncé le 4 juin, le renforcement de la surveillance épidémiologique aux frontières et dans les zones d’élevage proches du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, deux pays actuellement touchés avec qui il partage aussi des frontières.
Plus largement, la stratégie régionale repose sur la détection précoce des foyers, le contrôle des mouvements de volailles, le renforcement des mesures de biosécurité dans les exploitations et l’abattage sanitaire lorsque cela est nécessaire. Ces actions bénéficient de l’appui technique de la FAO, de l’OMSA et des services vétérinaires nationaux.
Implications économiques et marges de manœuvre
Au-delà de l’enjeu sanitaire, la grippe aviaire représente un risque économique majeur pour l’aviculture ouest-africaine. L’épizootie qui a touché la Côte d’Ivoire en 2021 a, par exemple, conduit à l’abattage sanitaire de plus de 600 000 volailles, pour une perte financière estimée à plus de 3 milliards FCFA (environ 5,3 millions $) d’après la FAO.
En outre, les épisodes récurrents perturbent également les chaînes d’approvisionnement, accentuent la volatilité des prix de la volaille et compliquent les décisions d’investissement dans la filière. Pour réduire durablement le risque, les États devront renforcer la coordination transfrontalière, améliorer les systèmes de surveillance épidémiologique et accélérer la diffusion des bonnes pratiques de biosécurité auprès des éleveurs. À défaut, la grippe aviaire pourrait continuer à s’imposer comme un risque structurel pour l’une des filières animales les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest.
par Déborah.S et agenceécofin



