Le groupe agroalimentaire indonésien Charoen Pokphand étudie les possibilités d’investissement dans la filière avicole sénégalaise. Son intérêt pour ce marché en pleine croissance intervient dans un contexte de renforcement des capacités des producteurs locaux et d’inquiétudes face à l’arrivée de grands opérateurs étrangers, a rapporté l’Agenceecofin.
L’entreprise réalise actuellement une étude de faisabilité en vue d’une éventuelle implantation au Sénégal, a révélé Alex Rudini Sulaiman, coordinateur des affaires économiques à l’ambassade d’Indonésie à Dakar, en marge du forum « Indonesia – West Africa Business Meeting and B2B Networking », organisé récemment à Tangerang du Sud, en Indonésie.
Présent sur plusieurs segments de la chaîne avicole, Charoen Pokphand intervient notamment dans la fabrication d’aliments pour animaux, la production de poussins, l’élevage et la transformation de viande. Toutefois, ni les activités ciblées ni le montant d’un éventuel investissement au Sénégal ne sont encore précisés.
Filière avicole sénégalaise : Les producteurs locaux expriment leurs inquiétudes
Cette perspective intervient alors que l’arrivée de grands investisseurs étrangers suscite des préoccupations dans la filière. Le 10 octobre, l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) a alerté les autorités sur les conséquences potentielles de projets annoncés dans les régions de Thiès et de Diourbel.
Selon son secrétaire général, Mamadou Bâ, un projet de ferme d’un million de poules pondeuses serait envisagé à Thiès par des investisseurs chinois, tandis qu’un autre projet serait porté par des investisseurs brésiliens à Diourbel. L’organisation redoute une surcapacité de production susceptible de fragiliser les petites exploitations et de menacer des emplois.
L’IPAS estime notamment que 60 000 emplois pourraient être menacés par l’installation de ces grands producteurs.
Parallèlement, les entreprises sénégalaises renforcent leurs capacités. En juin 2026, La Ripaille a conclu un accord de 1,3 milliard FCFA avec Oyass Capital pour soutenir son développement. En novembre 2025, Gade Gui avait obtenu 2,5 milliards FCFA de Proparco pour développer une ferme de poules pondeuses. L’IPAS estime que la consommation de viande de poulet progresse de 8 à 10 % par an.
Depuis 2005, le Sénégal suspend les importations de plusieurs produits avicoles, notamment les viandes de volaille et les œufs de consommation.
Dans ce marché protégé, l’éventuelle arrivée de Charoen Pokphand soulève ainsi la question de l’équilibre entre investissements, croissance de la demande et préservation des producteurs locaux.
Sandrine KOUADJO
