Suisse / La surproduction porcine pousse la filière à payer les éleveurs pour arrêter

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La filière porcine suisse traverse une crise de surproduction sans précédent. Chaque semaine, près de 47 000 à 48 000 porcs sont abattus en Suisse, alors que le marché national n’en absorbe qu’environ 44 000. Cet écart entraîne une accumulation massive de viande, estimée à près de 100 000 côtelettes excédentaires par semaine. À la fin de l’année 2025, les entrepôts frigorifiques destinés aux stocks pour la saison des grillades étaient déjà saturés.

Cette situation pèse lourdement sur les producteurs. Le prix payé aux éleveurs a fortement chuté, passant d’environ 4,80 francs suisses le kilo de poids mort à près d’un franc de moins en un an. Malgré l’espoir d’une stabilisation temporaire durant l’été, les professionnels craignent une nouvelle baisse après la période des barbecues.

Selon Suisseporcs, la Fédération suisse des éleveurs et producteurs de porcs, cette surproduction est principalement liée aux progrès génétiques réalisés dans l’élevage. Les truies sont devenues plus prolifiques et les porcs grandissent plus vite tout en consommant moins d’aliments. Aujourd’hui, un porc nécessite environ 60 kilos d’aliments en moins qu’il y a cinquante ans pour produire la même quantité de viande. À cheptel constant, cette amélioration augmente mécaniquement la production de près de 1,5 % par an.

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Sur l’exploitation d’Andreas Bernhard, à Alchenstorf, dans le canton de Berne, ce modèle intensif est clairement visible. Son élevage compte environ 1 000 places d’engraissement, ce qui en fait l’un des plus grands du pays. Les porcelets y sont élevés jusqu’à atteindre environ 110 kilos en cinq à six mois avant d’être envoyés à l’abattoir. L’organisation est pensée pour garantir un approvisionnement continu du marché.

La filière porcine suisse : La surproduction pousse la filière à payer les éleveurs pour arrêter

Mais cette logique de productivité montre aujourd’hui ses limites. Même si la consommation de porc reste la plus élevée parmi les viandes consommées en Suisse, avec environ 19 kilos par habitant en 2024, elle ne suffit plus à absorber l’offre nationale. Or, les excédents sont difficiles à exporter, car la viande suisse est plus coûteuse que celle de nombreux pays voisins. Lors de la crise post-Covid de 2022-2023, des demi-porcs congelés avaient même été vendus en Allemagne à des prix très bas.

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Face à cette crise structurelle, Suisseporcs propose une mesure inédite : indemniser les producteurs qui acceptent de quitter volontairement la filière porcine. L’objectif est de réduire le nombre de truies reproductrices afin de diminuer progressivement la production de porcelets et donc de viande. Les exploitations qui bénéficieront de cette prime devront toutefois respecter des conditions strictes : ne pas réutiliser leurs installations pendant vingt-cinq ans et ne pas construire de nouvelle porcherie durant dix ans.

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Cette stratégie vise à accélérer une restructuration déjà amorcée dans le secteur, notamment avec le départ à la retraite de nombreux éleveurs et la disparition progressive des petites exploitations. Selon Suisseporcs, investir aujourd’hui entre 5 et 10 millions de francs dans ces indemnisations pourrait générer à terme près de 100 millions de recettes supplémentaires grâce à une meilleure stabilité des prix.

Pour plusieurs économistes, dont Mathias Binswanger, cette autorégulation apparaît comme la solution la plus réaliste. Une intervention directe de l’État serait difficile à mettre en place en raison des accords commerciaux avec l’Union européenne. Toutefois, même si la mesure est adoptée, ses effets ne seront pas immédiats. Entre la saillie des truies et l’abattage des porcs, plusieurs mois s’écoulent. Ainsi, une véritable baisse de la production ne pourrait être visible qu’à partir de l’année prochaine.

Source : 24heures.ch

 

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