Au Maroc, les petits et moyens éleveurs de poulets de chair font face à des difficultés croissantes liées à la hausse du prix des poussins, aux coûts de production et aux fluctuations du marché. Entre périodes de forte production et chutes des prix de vente, de nombreux exploitants dénoncent un système qui fragilise leur rentabilité et menace la pérennité de leurs activités.
Cette situation a été au centre des préoccupations exprimées lors de l’assemblée générale de l’Association nationale des éleveurs de poulets de chair (ANPC). Son président réélu, Mohamed Abboud, pointe notamment les déséquilibres dans l’organisation de la filière et les difficultés rencontrées par les producteurs indépendants pour accéder aux moyens de production à des conditions équitables.
Le prix des poussins d’un jour constitue l’une des principales sources de préoccupation. Selon Mohamed Abboud, leur coût de revient serait d’environ 2 dirhams, alors qu’ils sont vendus aux éleveurs autour de 12 dirhams, avec des pics ayant atteint 20 à 22 dirhams durant certaines périodes. Ces variations pèsent directement sur les charges des exploitations et compliquent les décisions de mise en élevage.
L’association redoute également un nouvel excédent de production dans les prochaines semaines. Selon son président, l’augmentation des mises en élevage pourrait entraîner, dans un délai de 30 à 40 jours, une baisse des prix du poulet sur le marché. Si cette évolution peut profiter aux consommateurs, elle risque en revanche d’occasionner de nouvelles pertes pour les producteurs, déjà confrontés à des marges réduites.
D’après leseco.ma, Pour limiter ces déséquilibres, l’ANPC plaide pour une meilleure régulation du marché et demande notamment l’exonération des poussins importés des droits de douane et des taxes. Cette mesure permettrait, selon elle, de diversifier les sources d’approvisionnement et de limiter les hausses excessives des prix.
Les professionnels dénoncent par ailleurs la concentration de certaines activités entre les mains d’un nombre limité d’opérateurs. Cette situation réduirait les possibilités de concurrence et compliquerait l’accès des petits exploitants aux intrants. Le manque de transparence concernant les prix, la qualité des poussins et des aliments ainsi que les conditions de commercialisation figure également parmi les préoccupations soulevées auprès du Conseil de la concurrence.
Les mécanismes de soutien public sont aussi remis en question. L’ANPC estime que les petits et moyens producteurs n’ont pas suffisamment bénéficié des programmes agricoles successifs. Elle évalue à plus de 5,3 milliards de dirhams soit 316,25 milliards de francs CFA les pertes enregistrées par les éleveurs entre 2010 et août 2020.
L’association souhaite ainsi obtenir un audit des fonds publics mobilisés pour le développement de la filière avicole. Elle envisage de saisir la Cour des comptes afin d’évaluer les résultats des contrats-programmes successifs, notamment celui couvrant la période 2011-2020, qui visait entre autres une production annuelle d’un million de tonnes de viandes blanches.
Au-delà des difficultés économiques, la dépendance du Maroc aux importations constitue un autre défi. Les reproducteurs et une part importante des matières premières utilisées dans l’alimentation animale proviennent de l’étranger. Cette situation expose les éleveurs aux fluctuations des marchés internationaux et aux variations des coûts d’approvisionnement.
Pour l’ANPC, la fragilisation des exploitations indépendantes pourrait également avoir des répercussions sur l’emploi et les activités liées à l’élevage, au transport et à la distribution. L’organisation appelle donc à une révision des politiques de soutien, à une meilleure répartition des ressources et à davantage de transparence dans la filière.
L’enjeu pour le Maroc est désormais de préserver les capacités de production nationale tout en garantissant des prix accessibles aux consommateurs. Pour les petits et moyens éleveurs, la survie de leurs exploitations dépend notamment d’un meilleur équilibre entre les coûts de production, les prix de vente et les conditions d’accès au marché.
Par Amy SANGARE
