Le marché nord-américain du bœuf traverse une période de fortes turbulences. Entre les incertitudes liées aux négociations commerciales engagées par l’administration de Donald Trump et la propagation de la lucilie bouchère dans les élevages, les prix de la viande continuent de grimper, au détriment des consommateurs.
Aux États-Unis, où la saison des barbecues bat son plein, de nombreux ménages réduisent leur consommation de bœuf en raison de la hausse des prix. Cette flambée s’explique notamment par la propagation de la lucilie bouchère, un parasite apparu au Mexique avant de gagner le sud des États-Unis. La situation est aggravée par un cheptel bovin américain déjà affaibli, tombé à son plus bas niveau depuis les années 1950 sous l’effet de plusieurs années de sécheresse.
À cette crise sanitaire s’ajoutent des tensions commerciales. Les États-Unis et le Mexique ont entamé un nouveau cycle de négociations visant à réviser l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), après que l’administration Trump a décidé de ne pas prolonger automatiquement le traité. Le Canada ne participe pas à ces discussions, qui portent notamment sur les échanges agricoles.
Les spécialistes du commerce international rappellent que les filières bovines des États-Unis, du Canada et du Mexique fonctionnent comme un marché intégré. Les bovins franchissent régulièrement les frontières pour être engraissés, abattus ou transformés avant d’être commercialisés, ce qui permet de maintenir un approvisionnement stable et de limiter les fluctuations des prix.
En 2024, les États-Unis ont importé près de 2,1 millions de bovins en provenance presque exclusivement du Canada et du Mexique, pour une valeur supérieure à 3 milliards de dollars. Ces importations jouent un rôle essentiel dans l’équilibre du marché américain.
Toutefois, les importations de bovins vivants ont fortement reculé depuis 2025. Les achats de jeunes bovins mexicains ont notamment chuté de plus de 80 % en raison de l’épidémie de lucilie bouchère, désormais détectée dans certaines régions du Texas et du Nouveau-Mexique. Face à cette situation, le Canada a suspendu les importations de bovins vivants provenant de ces zones.
Le secteur bovin figure parmi les plus exposés aux conséquences d’un éventuel échec des négociations commerciales. En 2025, le Mexique représentait le troisième marché d’exportation du bœuf américain avec plus de 1,3 milliard de dollars d’achats, tandis que le Canada occupait la quatrième place avec 874 millions de dollars. Dans le même temps, ces deux pays constituaient les principaux fournisseurs de viande bovine des États-Unis après l’Australie, avec des exportations dépassant 5 milliards de dollars.
Selon les experts, un retrait des États-Unis de l’AEUMC entraînerait un retour aux règles de l’Organisation mondiale du commerce, ouvrant la voie à l’instauration de nouveaux droits de douane et de barrières commerciales. Une telle évolution renchérirait les coûts de production, perturberait les chaînes d’approvisionnement et accentuerait les tensions sur le marché.
Comme le rapporte The Conversation, Les professionnels de la filière redoutent ainsi une nouvelle hausse des prix du bœuf, dans un contexte où l’inflation pèse déjà sur le pouvoir d’achat des consommateurs américains.
PAR AMINATA.S



