Au Burkina Faso, en réponse aux crises de sécheresse, l’établissement de zones pastorales pour revitaliser l’élevage de type extensif a encouragé la proximité entre les systèmes pastoraux, les territoires agricoles et les espaces de conservation.
Dans cette nouvelle configuration, l’introduction de réformes agraires et foncières et des changements de la gouvernance des aires protégées affectent les ressources pastorales et remodèlent le système d’élevage extensif. Face à cette problématique, un chercheur burkinabé a proposé un modèle d’action reposant sur trois piliers Pour relever ce système fragilisé.
Docteur Ilboudo Basnewindé a, dans sa thèse unique présenté le 9 septembre 2026 à l’université Joseph KI-Zerbo de Ouagadougou montré que les pâturages naturels se détériorent, les ressources s’amenuisent et la pression sur les terres s’accroît. Les éleveurs se trouvent dans une situation précaire. Il expliqué que la zone pastorale de Yallé (40 000 hectares créée en 1989) et à la Forêt Classée de la Sissili met en lumière les limites des réformes actuelles.
La forêt de Sissili a été convertie en zone de chasse et affaiblie par les lacunes du droit coutumier, elle est désormais sous l’emprise de l’agrobusiness. L’agriculture s’est étendue de manière désordonnée. En conséquence, 50 % des éleveurs ont perdu une partie de leurs pâturages, un quart subissent l’occupation des points d’eau, et les conflits avec les agriculteurs se multiplient.
Pour redresser ce système vulnérable, le chercheur suggèrent un modèle d’action fondé sur trois axes visant à créer un élevage durable et résilient. La première proposition est la sécurisation foncière par des institutions. Pour lui, la première barrière contre le déclin de l’élevage extensif repose sur le droit. Pour mettre un terme aux conflits administratifs et à la désorganisation sur les terres, la recherche préconise : Une immatriculation foncière systématique. Avant toute opération d’aménagement, chaque zone pastorale doit être délimitée, signalée et obtenir un titre foncier officiel au nom de l’État. Une protection contre la spéculation. Ce cadre institutionnel défend légalement les terres contre les ventes illégales découlant du droit coutumier. Il empêche la prise de terres par des investisseurs privés qui excluent les pasteurs.
restructuration et le redéveloppement spatial des parcours
La seconde proposition du chercheur repose sur la restructuration et le redéveloppement spatial des parcours face à la fragmentation des espaces, la recherche propose de repenser le paysage agro-pastoral avec une approche de connectivité écologique. Le Schéma d’Aménagement Agropastoral Révisable (5 à 10 ans). Cet outil de planification collaboratif prévoit une rotation des terres. Les pâturages, enrichis par le fumier, sont temporairement donnés à l’agriculture, tandis que les terres agricoles dégradées peuvent reposer pour redevenir des pâturages. Des zones tampons pastorales. Les études sur la flore révèlent que la forêt classée et la zone pastorale affichent une diversité comparable (plus de 150 espèces) et une bonne valeur pastorale. L’établissement d’une zone tampon, avec des forages et des points de vaccination à la périphérie des aires protégées, offre un refuge légal saisonnier pour le bétail.
Il estime que cela limite le pâturage illégal et protège les cultures. L’interconnexion des réseaux. Établir des liens entre les différentes zones pastorales par des chemins de transhumance balisés, sécurisés et dotés de points d’eau assure la mobilité des troupeaux.
La revitalisation économique et sociale du fonctionnement constitue le dernier axe de ce modèle. Le dernier axe vise à transformer un élevage basé sur l’accumulation en un modèle commercial spécialisé et indépendant. La participation obligatoire de l’agribusiness. Selon lui, les investisseurs privés doivent se concentrer sur les services pastoraux (production, transformation, vente de fourrage et approvisionnement en eau à prix régulés). Le Fonds de Développement du Pastoralisme (FDP). Un fonds autonome, financé par les éleveurs (via une carte d’accès) et des partenaires financiers, est destiné à entretenir les infrastructures et à indemniser les propriétaires fonciers. Les Variétés Améliorées à Double Objectif (VADO). Il a également préconisé l’adoption des cultures telles que le niébé Tiligré, le sorgho Sariasso14 ou le maïs Barka qui permet de produire des grains pour les humains tout en fournissant un fourrage de qualité au bétail. L’accès aux semences subventionnées et l’adhésion aux organisations paysannes demeurent des leviers fondamentaux pour surmonter les obstacles logistiques et le manque de terres. Contrats sociaux et structuration. Mettre en œuvre des contrats de pâturage garantit la fertilisation des sols. Établir des marchés à bétail et des points de collecte de lait à proximité des zones pastorales dynamise l’économie locale. A l’issue de son exposé le chercheur a obtenu la mention très honorable pour la qualité de son travail salué à l’unanimité par le jury.
MYNA
