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Revitaliser l’élevage extensif au Burkina Faso/ Le modèle novateur du Dr Basnewindé Ilboudo

Elevage d'Afrique Info
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Au Burkina Faso, en réponse aux crises de sécheresse historiques des années 1970 et 1980, l’établissement de zones pastorales avait pour ambition de revitaliser l’élevage en favorisant sa cohabitation étroite dans les territoires agricoles et les espaces de conservation. Cependant, l’introduction des réformes agraires et foncières ainsi que les mutations dans la gouvernance des aires protégées ont profondément perturbé l’accès aux ressources pastorales et fragilisé ce système de production traditionnel. Face à cette problématique complexe, le Dr Basnewindé Ilboudo a proposé, dans le cadre de sa thèse de doctorat unique, un modèle d’action novateur reposant sur trois piliers indissociables pour redresser durablement les systèmes d’élevage extensifs.

Soutenue le 9 septembre 2026 à l’Université Joseph KI-ZERBO (Burkina Faso), la thèse du Dr Basnewindé Ilboudo met en lumière la dégradation continue des parcours naturels et l’exacerbation de la pression foncière. L’étude approfondie du complexe formé par la zone pastorale de Yallé (avec 40 000 hectares à sa création en 1989) et la forêt classée de la Sissili (32 700 hectares, concédée en zone de chasse depuis 1996) illustre parfaitement les limites des régimes actuels. En effet, l’agrément de concession de la forêt classée de la Sissili en zone de classe a remis en cause les limites et le statut de la zone pastorale de Yallé. Cette situation combinée à la réintroduction du droit coutumier dans la gestion foncière par la Réorganisation Agraire et Foncière (RAF) de 1996 a ouvert la voie à une expansion agricole incontrôlée et à un accaparement massif des terres de la zone pastorale par des agribusinessmen. Les enquêtes menées auprès des communautés révèlent l’ampleur de la crise : 50 % des éleveurs identifient la réduction de l’espace de pâture comme leur contrainte majeure de premier ordre, 25,45 % déplorent l’occupation des points d’abreuvement et 21,49 % dénoncent l’obstruction des pistes à bétail, alimentant une recrudescence des conflits agro-pastoraux.

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Un modèle d’action fondé sur trois axes stratégiques complémentaires

Pour redresser ce système vulnérable, le chercheur propose un modèle d’action fondé sur trois axes stratégiques complémentaires. Le premier pilier repose sur la sécurisation foncière institutionnelle, le droit constituant la première barrière contre le déclin de l’élevage extensif. Pour mettre un terme à l’insécurité juridique et aux litiges d’occupation, la recherche préconise une immatriculation foncière systématique : avant toute opération d’aménagement, chaque zone pastorale doit faire l’objet d’un balisage physique rigoureux et d’un titre foncier officiel au nom de l’État. Ce cadre institutionnel renouvelé protège légalement les terres contre les ventes illégales découlant du droit coutumier et empêche l’appropriation privative par des investisseurs au détriment des éleveurs.

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La seconde proposition consiste à restructurer l’espace agropastoral en s’appuyant sur l’approche de la connectivité écologique. Le chercheur recommande la mise en œuvre d’un Schéma d’Aménagement Agropastoral Révisable (tous les 5 à 10 ans). Cet outil de planification participative prévoit une rotation fonctionnelle des terres : les pâturages régénérés et enrichis par les déjections animales sont temporairement cédés à l’agriculture, tandis que les terres agricoles dégradées reposent en redevenant des parcours. Par ailleurs, l’inventaire floristique montre que la zone pastorale et l’aire protégée abritent une richesse globale de 150 espèces végétales herbacées avec une diversité et une productivité fourragère statistiquement équivalentes. Afin de préserver la biodiversité de la forêt classée tout en évitant le pâturage illégal, le modèle préconise la création de zones tampons pastorales en périphérie, équipées de forages et de parcs de vaccination pour offrir un refuge légal au bétail. L’interconnexion des zones pastorales par des couloirs de transhumance balisés, sécurisés et pourvus de points d’eau garantit la mobilité fondamentale des troupeaux.

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Redynamisation économique, innovations fourragères et cohésion sociale

Le dernier axe vise la redynamisation économique et sociale du fonctionnement pastoral pour faire évoluer un élevage d’accumulation vers un modèle commercial spécialisé et performant. Le chercheur recommande la réorientation des agribusinessmen vers la fourniture de services pastoraux (production et vente de fourrage, approvisionnement en eau à prix régulés). La création d’un Fonds de Développement du Pastoralisme (FDP), alimenté par les contributions des éleveurs et des partenaires, permettra d’entretenir les infrastructures et d’indemniser les cédants fonciers. En outre, la thèse préconise l’adoption des Variétés Améliorées à Double Objectif (VADO), notamment le niébé Tiligré, qui fournit des grains destinés à la consommation humaine et un fourrage de qualité supérieure pour le bétail. L’accès aux semences subventionnées, l’adhésion aux organisations paysannes, la formalisation de contrats sociaux de pâturage et le développement de marchés à bétail et de points de collecte de lait à proximité des zones pastorales constituent les piliers d’une économie locale florissante. À l’issue de sa soutenance, l’impétrant a obtenu la mention Très Honorable et la qualité ainsi que l’originalité de son travail ont été reconnues et saluées par l’ensemble du jury.

 

MYNA

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