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Afrique de l’Ouest / Les petites piscicultures ne peuvent pas affronter seules les maladies infectieuses

Elevage d'Afrique Info
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Aquaculture en Afrique de l'Ouest

Au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, la santé des poissons ne dépend pas uniquement du travail des pisciculteurs. Une nouvelle revue scientifique montre que maladies, qualité de l’eau, pratiques d’élevage et faiblesse des services sanitaires s’entremêlent. Pour protéger les fermes, les auteurs appellent à une réponse collective.

Lorsqu’un pisciculteur découvre des poissons qui mangent moins, nagent difficilement ou meurent soudainement, il doit souvent réagir avec peu d’informations. Sans laboratoire accessible ni spécialiste à proximité, il peut modifier l’alimentation, renouveler l’eau ou tenter un traitement sans connaître la véritable cause du problème.

Cette situation, familière à de nombreux petits producteurs, est au cœur d’une revue publiée le 7 avril 2026 dans Reviews in Aquaculture. Fondée sur 193 références, elle analyse la gestion des maladies infectieuses dans les petites piscicultures d’eau douce du Bénin, de Côte d’Ivoire et du Sénégal.

Des risques qui dépassent les limites de la ferme

L’étude montre que les maladies ne résultent généralement pas d’un facteur unique. Elles peuvent apparaître lorsque plusieurs difficultés se cumulent : forte densité de poissons, alevins de qualité sanitaire incertaine, mauvaise gestion des aliments, faible biosécurité, dégradation de l’eau ou exposition à des effluents agricoles et urbains.

Dans les systèmes intégrant poissons, cultures et parfois élevage, les nutriments peuvent être mieux valorisés. Mais les bassins risquent aussi de recevoir des pesticides, des matières organiques, des bactéries ou d’autres contaminants provenant des activités environnantes.

La ferme doit donc être considérée comme une partie d’un écosystème plus vaste. Un pisciculteur peut appliquer de bonnes pratiques sans maîtriser la qualité de l’eau qui arrive dans son bassin, les rejets situés en amont ou les mouvements d’animaux entre exploitations.

Des maladies encore insuffisamment documentées

Les informations disponibles concernent principalement les infections bactériennes et parasitaires. Les connaissances restent beaucoup plus limitées pour les virus, les champignons, les co-infections et la résistance aux antimicrobiens.

Les auteurs insistent toutefois sur une précaution importante : lorsqu’une maladie n’est pas documentée, cela ne signifie pas qu’elle est absente. Cela peut simplement traduire un manque de surveillance, de tests ou de publications.

Dans de nombreuses zones, le diagnostic repose encore sur les signes visibles. Cette méthode peut orienter l’éleveur, mais elle ne permet pas toujours de distinguer une infection bactérienne d’une maladie virale, d’un problème parasitaire ou d’un stress lié à l’eau.

Le recours à des médicaments sans confirmation peut alors entraîner des dépenses inutiles et favoriser la résistance aux antimicrobiens.

Aquaculture en Afrique de l’Ouest : Passer de l’urgence à la prévention

Pour les chercheurs, la solution ne consiste pas seulement à demander aux producteurs d’améliorer leurs pratiques. Elle suppose aussi de renforcer les laboratoires, les services de conseil, la formation et la coordination entre autorités vétérinaires, administrations de l’aquaculture, chercheurs et organisations de pisciculteurs.

La revue propose notamment de créer un réseau de fermes sentinelles volontaires. Ces exploitations pourraient signaler régulièrement les mortalités et participer au prélèvement de poissons, d’eau, de sédiments ou d’aliments. Des outils de diagnostic adaptés au terrain permettraient ensuite de confirmer rapidement les causes probables.

Les résultats devraient être communiqués aux producteurs afin qu’ils puissent modifier leurs pratiques et éviter que la maladie ne se propage.

Une responsabilité régionale

Les auteurs recommandent également de mutualiser les compétences entre pays. Des formations communes, des laboratoires de référence, des protocoles harmonisés et des systèmes compatibles de partage des données permettraient de réduire les coûts et de détecter plus tôt les menaces émergentes.

Cette approche correspond pleinement au principe One Health : la santé des poissons est liée à celle de l’environnement, des producteurs et des consommateurs.

L’étude porte sur trois pays et ne représente donc pas toute l’Afrique de l’Ouest. Elle livre néanmoins un message clair : le développement de l’aquaculture ne peut pas reposer uniquement sur la construction de nouveaux bassins ou l’augmentation des densités. Sans surveillance sanitaire, diagnostics accessibles et eau de qualité, les petits pisciculteurs resteront seuls face à des risques qu’ils ne peuvent pas contrôler entièrement.

Source : Africavet

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