En dix ans, la France a perdu 1,1 million de vaches. Cette baisse du cheptel s’accompagne d’une diminution du nombre d’exploitations, mais aussi d’un agrandissement et d’une spécialisation des élevages, avec un recul plus important dans le secteur laitier.
Le cheptel bovin français est passé de 7,5 millions de vaches en 2015 à 6,4 millions en 2025, soit une diminution de 1,1 million de têtes en dix ans. Selon une note publiée en septembre par Agreste, le service statistique du ministère français de l’Agriculture, cette évolution varie toutefois selon les systèmes de production et les territoires.
La baisse globale du cheptel s’explique notamment par la diminution du nombre d’exploitations, passé de 136 000 en 2015 à environ 100 500 en 2025, soit un recul de 28 %. Dans le même temps, les élevages qui se maintiennent tendent à agrandir leurs troupeaux et à se spécialiser davantage.
La décapitalisation est plus importante dans les élevages laitiers, où le nombre de vaches a diminué de 15,9 %, contre 13,4 % dans les élevages allaitants. Le nombre d’exploitations laitières a également reculé davantage, avec une baisse de 34,8 %, contre 19,3 % pour les élevages allaitants. Malgré cette diminution, les exploitations laitières restantes sont en moyenne plus grandes : leur troupeau moyen est passé de 62,5 à 80,7 vaches, soit une progression de 29 %.
Les disparités territoriales restent importantes. Dans les départements du « croissant laitier », qui s’étend du Grand-Ouest au Nord, puis vers l’Est, la Franche-Comté, les Alpes-du-Nord et le Massif central, la baisse du cheptel laitier est plus limitée. Le recul est notamment moins marqué dans les territoires où les productions bénéficiant d’une appellation d’origine protégée (AOP) ou d’une indication géographique protégée (IGP) occupent une place importante. Dans le Doubs, le Jura, la Savoie et la Haute-Savoie, la diminution se situe ainsi entre 13,2 % et 20 %.
À l’inverse, les départements du Sud-Ouest, historiquement orientés vers la polyculture-élevage, enregistrent une décapitalisation beaucoup plus forte, avec des baisses comprises entre 41,2 % et 64 %.
Parallèlement, les élevages laitiers se spécialisent progressivement, notamment au détriment de l’engraissement. Le système laitier spécialisé reste majoritaire : 56,5 % des exploitations qui étaient spécialisées dans la production laitière en 2015 le sont toujours dix ans plus tard. En revanche, 41,9 % des élevages combinant production laitière et engraissement ont changé de système. Parmi eux, 28,9 % se sont orientés vers la spécialisation laitière et 13 % vers l’élevage allaitant.
Les cessations d’activité restent néanmoins nombreuses dans le secteur laitier. Entre 2015 et 2025, 30 % des élevages laitiers spécialisés ont cessé leur activité, contre 23,4 % des exploitations combinant production laitière et engraissement.
Dans l’élevage allaitant, la baisse du nombre d’exploitations est particulièrement marquée dans le Sud-Ouest, le Limousin et le bassin charolais. Le nombre d’élevages a notamment reculé de 26,1 % dans le Limousin et de 20,4 % dans le bassin charolais. Dans ces zones, les exploitations restantes ont toutefois tendance à augmenter la taille de leurs troupeaux.
Sur l’ensemble de la période, les cessations d’activité sont même plus nombreuses dans l’élevage allaitant : 37,5 % des exploitations, soit 27 705 élevages, ont arrêté leur activité, contre 27,7 % des exploitations laitières, représentant 17 379 élevages. Toutefois, cette baisse est en partie compensée par l’arrivée de nouvelles exploitations et les reconversions. Agreste recense ainsi 6 488 passages d’un système laitier vers un système allaitant et 7 641 créations d’élevages allaitants entre 2015 et 2025.
L’élevage allaitant évolue également vers une plus grande spécialisation dans les systèmes « naisseurs ». À l’inverse, les systèmes « naisseurs-engraisseurs » ont diminué de 26,1 %, tandis que les élevages spécialisés dans l’engraissement ont reculé de 6,5 %.
Au final, la décapitalisation bovine française semble surtout liée aux changements de systèmes et à la disparition d’une partie des exploitations. Dans les élevages qui ont maintenu leur activité durant les dix dernières années, la baisse des effectifs reste limitée. Les exploitations laitières qui se sont maintenues ont même augmenté leur taille moyenne de 10,9 vaches. Cette évolution traduit ainsi une restructuration progressive du secteur, avec moins d’exploitations, mais des troupeaux plus importants et des systèmes de production davantage spécialisés, d’après web-agri.fr.
Par Amy. SANGARE
