Dans un marché essentiellement dominé par l’importation de poisson, le Bénin mise sur l’élevage du pangasius afin de renverser la tendance.
Au Bénin, plus des trois quarts du poisson consommé proviennent de l’étranger, ce qui entraîne chaque année une importante sortie de devises. Face à cette dépendance, le pangasius séduit de plus en plus les acteurs de la filière aquacole. Peu coûteux à produire, à croissance rapide et rentable, ce poisson pourrait contribuer à renforcer la production locale et à rendre le poisson plus accessible aux consommateurs.
Suite à la forte dépendance du Bénin vis-à-vis des importations de poisson congelé, la production locale s’affaiblit. Selon les chiffres rapportés par Swisscontact, sur les 214 000 tonnes de poissons consommées annuellement au Bénin, la production locale ne dépasse pas 50 000 tonnes, soit 23 %, tandis que les 77 % restants sont importés. Cette dépendance aux importations entraîne une fuite de devises de plus de 94 milliards de FCFA chaque année.
Face à cette situation, le pangasius apparaît comme une alternative pour renforcer la production locale et réduire la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. C’est dans cette optique qu’Issifou Dado Doko, ingénieur agricole, affirme : « Nous dépendons fortement des importations de poissons, ce qui entraîne une perte de devises. En favorisant la production locale, nous pouvons conserver ces devises, répondre à la demande nationale et même explorer de nouveaux marchés, comme celui du Nigeria. »
Le pangasius, poisson d’eau douce de la famille des poissons-chats ou silures, possède un corps allongé et sans écailles. Il vit en groupe et se nourrit de végétaux et d’animaux tels que des algues, des plantes aquatiques, des insectes et des mollusques. Il consomme aussi parfois des fruits, des crustacés ou d’autres poissons. Ce poisson suscite un intérêt croissant en raison de ses coûts de production relativement faibles et de sa capacité à s’adapter à différents environnements d’élevage.
Les avantages de l’élevage du pangasius
Le pangasius présente plusieurs avantages pour le développement de l’aquaculture au Bénin. Sur le plan économique, ce poisson demande moins de ressources que plusieurs autres espèces élevées en pisciculture. Il nécessite également moins de dépenses en alimentation et en infrastructures. Cet avantage permet aux producteurs de réduire considérablement leurs coûts de production.
D’après une communication présentée lors des Journées nationales du poisson d’élevage au Bénin (JoNaPEB), organisées par l’Interprofession du poisson d’élevage du Bénin (IPEB), le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Gaston Dossouhoui, a expliqué que le pangasius « est beaucoup plus herbivore que tout autre poisson ». Selon lui, le coût de l’aliment représente généralement au moins 65 % de la valeur d’un kilogramme de poisson produit. Ainsi, grâce à son régime alimentaire davantage orienté vers les ressources végétales, les dépenses liées à l’alimentation sont moins élevées dans l’élevage du pangasius, ce qui améliore sa rentabilité économique.
Le pangasius est également reconnu pour son bon rendement. L’un des principaux atouts de cette espèce réside dans sa croissance rapide. En quelques mois seulement, les pisciculteurs peuvent atteindre une taille commercialisable. Plus les cycles sont courts, plus les producteurs peuvent vendre rapidement et générer des revenus réguliers.
Le ministre affirme également que cette espèce offre un rendement plus élevé que certaines espèces déjà élevées localement. « Dans les mêmes filets où j’obtiens difficilement, après cinq à six mois, 600 à 800 kilos de tilapia, les mêmes enceintes me donnent deux tonnes de pangasius en cinq mois », a-t-il déclaré lors des JoNaPEB.
Face à la forte dépendance du Bénin aux importations de poisson congelé, le développement du pangasius pourrait représenter une véritable opportunité pour le secteur halieutique national. Grâce à ses nombreux avantages, cette espèce pourrait contribuer à rendre le poisson plus accessible aux populations tout en stimulant l’économie locale.
Ainsi, pour que ces atouts soient accessibles et bénéfiques à tous, une meilleure organisation de la filière ainsi qu’un accompagnement des producteurs seront indispensables afin de permettre au poisson local de rivaliser durablement avec les produits importés.
Sandrine KOUADJO et Le Rural Bénin



