Santé animale / Seulement 0,6 % des dépenses mondiales de santé face à des crises de plus en plus graves

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Santé animale

Les réductions de l’aide internationale exposent dangereusement le monde aux maladies transfrontalières, à l’insécurité alimentaire et à la prochaine pandémie, a averti un rapport publié par l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OMSA) le 13 mai 2026, en marge de sa 93e Session générale, qui se tiendra à Paris, du 18 au 22 mai prochain.  

Ce rapport constitue la seule évaluation annuelle mondiale des tendances, risques et défis liés à la santé animale.

Le monde n’investit pas suffisamment dans la santé animale malgré des preuves de plus en plus nombreuses montrant que le coût de l’inaction dépasse largement celui de la prévention, selon le rapport annuel sur La situation mondiale de la santé animale.

Les maladies animales détruisent chaque année plus de 20 % de la production animale mondiale, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Les pays à revenu faible et intermédiaire sont les plus touchés, car la santé animale y est essentielle pour les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et la résilience économique. Pourtant, les systèmes de santé animale restent insuffisamment financés, limitant la détection rapide des maladies, les capacités de réponse et le respect des normes de bien-être animal.

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Cette situation est aggravée par la baisse des budgets d’aide internationale. En 2025, l’aide publique au développement consacrée à la santé a atteint environ 39,1 milliards de dollars américains, dont moins de 2,5 % pour la santé animale. À l’inverse, les dépenses mondiales de défense ont atteint un record de 2 900 milliards de dollars. Malgré leur rôle clé contre les maladies émergentes, les accidents biologiques et les menaces sanitaires transfrontalières, les systèmes de santé animale demeurent largement sous-financés.

Seulement 0,6 % des dépenses mondiales de santé face à des crises de plus en plus graves

Le rapport estime qu’il faudrait environ 2,3 milliards de dollars par an pour permettre aux Services vétérinaires de tous les pays d’atteindre les normes internationales. Un montant relativement faible comparé aux pertes économiques provoquées par la pandémie de COVID-19 en 2020.

Pour la Dre Emmanuelle Soubeyran, Directrice générale de l’OMSA, « les systèmes de santé animale sont au cœur de la sécurité alimentaire, de la stabilité économique et de la santé humaine », mais souffrent encore d’un sous-financement chronique. Elle souligne que la pandémie de COVID-19 a démontré l’importance d’investir davantage dans la prévention et dans l’approche « Une seule santé », qui relie santé humaine, animale et environnementale.

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Les foyers de maladies animales continuent de se multiplier. Entre 2025 et 2026, plus de 2 000 foyers d’influenza aviaire hautement pathogène ont été signalés dans 64 pays et territoires, entraînant la perte ou l’abattage de plus de 140 millions de volailles. La fièvre aphteuse connaît des flambées inédites en Afrique australe et réapparaît en Europe. La peste porcine africaine poursuit sa propagation sur de longues distances. De plus, la myiase à Cochliomyia hominivorax, une mouche parasite mangeuse de chair, inquiète les autorités sanitaires avec des dizaines de milliers de cas recensés en Amérique centrale.

Le rapport rappelle également que 75 % des maladies infectieuses émergentes chez l’être humain proviennent des animaux, faisant des systèmes de santé animale la première ligne de défense contre les futures pandémies. Pourtant, ces dispositifs montrent des signes de fragilité : 18 % des pays évalués enregistrent une baisse des capacités vétérinaires et 22 % une diminution des capacités des para-professionnels vétérinaires.

« les maladies ne connaissent pas de frontières »

Le Dr Paolo Tizzani, épidémiologiste vétérinaire à l’OMSA, avertit que le manque de ressources ralentit la détection des maladies, favorise leur propagation et augmente les coûts de contrôle. Il estime qu’investir dans les Services vétérinaires constitue un moyen efficace de renforcer la préparation face aux crises sanitaires.

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Selon les évaluations menées dans 54 pays et territoires, une hausse moyenne de 52 % des budgets serait nécessaire pour assurer le fonctionnement efficace des Services vétérinaires. Le programme PVS (Performance des Services vétérinaires) de l’OMSA aide les pays à évaluer leurs systèmes et à définir des stratégies d’amélioration. Plus de la moitié des pays ayant récemment participé au programme ont d’ailleurs signalé une augmentation de leurs ressources financières.

Le rapport appelle ainsi les gouvernements à renforcer le financement des systèmes de santé animale et à les intégrer dans les politiques de santé, d’économie et de sécurité. Il invite également les partenaires au développement, les institutions financières et le secteur privé à considérer la santé animale comme un investissement stratégique à fort impact.

La Dre Susana Pombo, Présidente de l’Assemblée mondiale des Délégués de l’OMSA, rappelle enfin que « les maladies ne connaissent pas de frontières » et qu’une faiblesse dans la surveillance sanitaire d’un pays constitue un risque pour tous les autres. Les conclusions de ce rapport seront au centre des discussions de la 93e Session générale de l’Assemblée mondiale des Délégués de l’OMSA, prévue du 18 au 22 mai, autour du thème : « Investir dans la santé animale pour garantir l’avenir de tous ».

Sandrine KOUADJO et OMSA

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