Afrique centrale : :
Le changement climatique alimente les conflits agropastoraux

Le changement climatique alimente les conflits agropastoraux

Le changement climatique contribue de plus en plus à l’intensification des conflits agropastoraux en Afrique centrale.

C’est l’une des principales conclusions d’une étude menée au Cameroun, en République centrafricaine (RCA) et au Tchad, avec le soutien technique et financier de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), par un consortium d’institutions et de centres de recherche, sous la direction du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme (CEDPE).

Publiée en novembre 2025, l’étude vise à approfondir la compréhension des liens entre changements climatiques, dégradation de l’environnement et enjeux sécuritaires.

Les chercheurs établissent que les perturbations climatiques, notamment les sécheresses prolongées et l’irrégularité des précipitations, réduisent l’accès aux ressources naturelles essentielles telles que l’eau et les terres agricoles, exacerbant ainsi les tensions entre communautés et groupes socio-économiques.

Selon les auteurs, cette pression accrue sur les ressources naturelles alimente des conflits parfois violents. « Le cas du Haut-Mbomou illustre parfaitement comment la pression sur les ressources naturelles en République centrafricaine peut engendrer des conflits communautaires graves, avec des impacts humanitaires et sécuritaires majeurs », explique Dr Ahmat Yacoub Dabio, président du CEDPE et co-auteur de l’étude.

Au Tchad, notamment dans la localité de Mangalmé (province du Guéra), les affrontements entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades sont récurrents. « En septembre 2022, des violences à Kouka Margni ont fait plusieurs dizaines de morts », rappelle le chercheur.

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Entre janvier et juin 2025, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a recensé 25 conflits intercommunautaires dans le pays, causant 136 morts et 166 blessés, principalement parmi les femmes et les enfants.

Au Cameroun, dans les localités de Maga et Kousseri, dans l’Extrême-Nord, la raréfaction de l’eau et des terres cultivables a aggravé les conflits entre agriculteurs, pêcheurs et éleveurs, entraînant le déplacement de plus de 380 000 personnes.

L’étude souligne également la forte vulnérabilité des populations face aux effets du changement climatique. En Afrique subsaharienne, environ 6 032 000 personnes ont été contraintes de se déplacer à la suite de la dégradation des écosystèmes et des conflits liés à la gestion des ressources naturelles, notamment au Cameroun, au Tchad et en RCA.

Lors du mini-comice agropastoral organisé le 19 décembre 2025 dans la région de l’Est du Cameroun, frontalière avec la RCA, le délégué régional du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, Salomon Endom, a évoqué les nombreuses difficultés ayant entravé la campagne agricole 2025.

Outre les perturbations climatiques, il a cité la rareté du pâturage due à l’envahissement du Bokassa Grass (Chromolaena odorata), une plante invasive, ainsi que les conflits agropastoraux provoqués par la divagation des animaux.

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Ces tensions sont souvent liées à la raréfaction de l’eau en saison sèche, à l’expansion des terres agricoles au détriment des pâturages et à des pratiques agricoles et pastorales non durables, explique Esdras Njombe, agroéconomiste et coordinateur de l’ONG Actions pour l’éducation au Cameroun (APEC).

Il souligne également que la transhumance transfrontalière, parfois pratiquée en méconnaissance ou en violation des lois, alimente ces conflits.

Des pistes de solutions pour atténuer les conflits

Pour prévenir et gérer durablement les conflits agropastoraux, plusieurs mesures d’atténuation sont mises en œuvre dans certaines communautés. Il s’agit en effet  de l’aménagement des pistes de transhumance, de la création de zones de pâturage, de la mise en place de mécanismes communautaires de résolution des conflits et de la promotion de cultures fourragères.

« Il faut anticiper les causes des conflits en dotant les communautés d’infrastructures adaptées, notamment pour la gestion des points d’eau et des zones de passage des animaux », recommande Esdras Njombe.

Il insiste également sur la nécessité de définir clairement les zones de culture et de pâturage, de sensibiliser les acteurs aux pratiques durables et de privilégier le dialogue et la médiation.

Dans la localité de Boubara, arrondissement de Ketté, des éleveurs regroupés au sein de la coopérative « Cohésion sociale » ont opté pour la culture du Brachiaria, une plante fourragère riche en protéines. Accompagnés par la coopération allemande (GIZ) à travers le projet PROCAR, ces éleveurs dont des femmes et des réfugiés centrafricains produisent du fourrage pour nourrir leur cheptel et réduire les conflits avec les agriculteurs.

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« Nous avons choisi de cultiver le Brachiaria pour nourrir notre bétail et éviter les tensions entre éleveurs et cultivateurs », explique Sahadatou, présidente de la coopérative. Cette culture permet également de diversifier les revenus des éleveurs et de renforcer leur autonomie.

Pour les chercheurs, le renforcement de la résilience climatique passe par l’implication active des communautés locales, la restauration des écosystèmes, la gestion participative des ressources naturelles et le développement de systèmes agro-sylvo-pastoraux climato-intelligents.

Ils appellent également à faire de la sécurité climatique une priorité nationale, à renforcer la coopération régionale et à mobiliser des financements adaptés. « Les communautés vulnérables ont besoin de ressources stables et accessibles pour faire face aux impacts du changement climatique », souligne Dr Yacoub Dabio, qui insiste sur l’intégration systématique de la sécurité climatique dans les politiques publiques et les programmes de développement.

S.A