Dans la province sud-africaine du Limpopo, l’atmosphère est lourde d’inquiétude. Pour des milliers de petits éleveurs, le bétail ne représente pas seulement une activité économique, mais une véritable assurance-vie. Vaches et génisses constituent des « comptes bancaires vivants », des dots pour les mariages à venir et le fruit de longues années de labeur. Aujourd’hui, la menace persistante de la fièvre aphteuse (FA) fragilise cet équilibre précaire. À chaque boiterie suspecte ou toux inhabituelle, la peur d’une contamination généralisée refait surface, avec le risque de voir des troupeaux entiers décimés et des familles plongées dans la précarité.
Face à cette situation alarmante, les autorités provinciales du Limpopo ont été contraintes de renforcer les contrôles sur les déplacements du bétail. Fermeture des marchés aux enchères, restrictions strictes sur le transport des animaux à sabots fendus : des décisions impopulaires, souvent mal comprises par les acteurs locaux, mais jugées indispensables pour contenir la propagation de la maladie. Ces mesures, perçues comme un « remède amer », visent avant tout à préserver la stabilité du secteur agricole et à éviter une crise sanitaire aux conséquences économiques nationales.
Quand le Limpopo devient un modèle dans la lutte sud-africaine contre la fièvre aphteuse
Au-delà de la survie des éleveurs locaux, ces restrictions jouent également un rôle stratégique. En limitant la circulation des animaux, les autorités sud-africaines protègent non seulement le cheptel national, mais aussi la crédibilité du pays sur les marchés internationaux. Un relâchement des contrôles ferait tomber la « ligne rouge » sanitaire et exposerait l’ensemble de la filière à des sanctions commerciales, avec des répercussions s’étendant bien au-delà du Limpopo, jusqu’aux exploitations les plus éloignées du pays.
La crise actuelle dépasse toutefois les frontières sud-africaines. Elle constitue un signal d’alarme pour l’ensemble du continent africain. Les maladies animales transfrontalières et zoonotiques ignorent les limites géographiques, rendant inefficaces les réponses isolées. Pour y faire face, les autorités vétérinaires africaines doivent adopter une approche proactive fondée sur des politiques harmonisées, une coopération régionale renforcée et des systèmes de surveillance modernes appuyés par la technologie.
En définitive, la situation du Limpopo n’est pas un cas isolé, mais un avertissement. Protéger le bétail africain, c’est protéger les moyens de subsistance, la dignité des communautés rurales, la souveraineté alimentaire et l’avenir économique du continent. L’urgence est désormais à l’action collective, avant que la prochaine crise ne dépasse les capacités de réponse.
Sandrine KOUADJO et autre média



