Autrefois limitée à une production essentiellement locale, l’apiculture marocaine s’est progressivement transformée en un véritable secteur économique structuré. Aujourd’hui, la filière s’impose comme un levier de développement rural, générateur d’emplois et orienté vers l’exportation, tout en restant confrontée à d’importants défis sanitaires et concurrentiels.
Portée par les orientations du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts et l’accompagnement de l’Office National du Conseil Agricole, la filière regroupe environ 36 000 apiculteurs. Ensemble, ils assurent une production annuelle estimée à près de 8 000 tonnes de miel, grâce à un cheptel avoisinant les 500 000 ruches. L’activité génère près de 2,5 millions de journées de travail et un chiffre d’affaires évalué à plus d’un milliard de dirhams.
Si la consommation nationale reste relativement faible environ 250 grammes par habitant et par an le Maroc s’est hissé au 29ᵉ rang mondial des producteurs en 2023, consolidant ainsi sa place sur la scène internationale.
La qualité du miel marocain repose sur une biodiversité riche et variée. Des produits emblématiques comme le miel d’euphorbe, de jujubier ou de thym se distinguent par leurs caractéristiques gustatives spécifiques. Certains bénéficient de labels valorisant leur origine et leur authenticité. Sur le marché, les prix varient selon les variétés : les miels polyfloraux et d’eucalyptus sont accessibles à des tarifs modérés, tandis que les crus haut de gamme atteignent des prix nettement supérieurs.
Une étape décisive a été franchie le 11 février 2024 avec l’autorisation d’exporter le miel marocain vers l’Union européenne, conformément au règlement 2024/334. Cette ouverture vers le premier importateur mondial de miel représente une opportunité majeure pour les producteurs marocains. Toutefois, elle impose le respect strict des normes sanitaires européennes et des exigences de traçabilité, notamment via le système TRACES, sous la supervision de l’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires.
Malgré ces perspectives encourageantes, le secteur doit faire face à plusieurs contraintes. Les importations de miel, estimées entre 2 200 et 3 800 tonnes en 2023, exercent une pression concurrentielle sur la production nationale. À cela s’ajoutent les risques sanitaires, notamment la varroase, qui menace la santé des colonies et la durabilité de la filière.
Entre expansion internationale et défis structurels, l’apiculture marocaine poursuit ainsi sa mutation, avec pour ambition de consolider sa compétitivité tout en préservant la qualité et la pérennité de sa production.
S.A



