L’aquaculture connaît depuis une dizaine d’années un essor notable au Bénin. Sur les berges, dans les zones irriguées ou au cœur des villages en bordure de lacs, les producteurs élèvent tilapias, poissons-chats africains et autres espèces pour répondre à une demande croissante.
Ce secteur dynamique constitue une source importante de sécurité alimentaire, de revenus et d’emplois. Pourtant, derrière cette progression encourageante, un défi structurel persiste : la majorité des pisciculteurs exerce en marge du cadre légal, souvent par méconnaissance.
En effet, l’aquaculture béninoise est régie par un ensemble de lois, notamment la loi n°2014-19 sur la pêche et l’aquaculture, ainsi que le décret n°2023-341 qui encadre les autorisations d’activité dans la zone littorale. Ces textes exigent l’enregistrement de chaque producteur, la tenue d’un registre de production, le respect de normes sanitaires, environnementales et techniques, ainsi que la détention d’autorisations délivrées par le ministère en charge de la Pêche. Ils définissent également les droits, obligations et sanctions applicables.
Au Bénin, la méconnaissance des règles compromet la croissance de l’aquaculture
Pourtant, plus de 70 % des pisciculteurs ne maîtrisent pas ces dispositions. Beaucoup reconnaissent travailler sans autorisation, sans documents officiels et sans traçabilité de leurs intrants. Un manque de sensibilisation, l’éloignement des services techniques et des idées reçues sur la « liberté » de pratiquer l’aquaculture expliquent en partie cette situation. Certains craignent même que se conformer implique davantage de taxes, dans un contexte où les marges restent limitées.
Cette non-conformité expose toutefois les producteurs à des sanctions allant de l’amende à la fermeture administrative. Elle les prive également d’opportunités essentielles : appuis de l’État, financements, subventions, accès aux projets soutenus par la FAO, la BAD ou le PNUD, ainsi qu’aux circuits commerciaux les plus rémunérateurs qui exigent traçabilité et normes strictes.
Sur le plan environnemental, l’absence de normes engendre maladies, mortalité des poissons, pollution ou utilisation incontrôlée de produits chimiques. À l’inverse, se conformer aux textes garantit de meilleurs rendements, une qualité accrue et une protection juridique renforcée.
Face à ces enjeux, les autorités, notamment l’ATDA 7, multiplient les actions de sensibilisation afin d’encourager les producteurs à régulariser leurs activités. L’avenir de la filière dépend désormais de cette transition vers la conformité, indispensable pour construire une aquaculture moderne, compétitive et durable au Bénin.
Sandrine KOUADJO



