Dans les pâturages de Humansdorp, une petite localité de la province du Cap oriental en Afrique du Sud, la tension est palpable parmi les éleveurs. Igsahn Felix montre un veau affaibli, incapable de se relever, victime de la fièvre aphteuse qui sévit actuellement dans le pays. Cette région, où l’on compte plus de deux têtes de bétail par habitant, est un pilier de l’élevage sud-africain aujourd’hui fortement menacé.
La maladie, extrêmement contagieuse, s’est propagée à grande vitesse, provoquant l’inquiétude dans les zones rurales. Selon les données disponibles, près de mille foyers d’infection ont été recensés et les neuf provinces du pays sont touchées. Des cas ont également été signalés ces derniers mois au Zimbabwe, au Botswana et en Eswatini.
Aux abords des zones infectées, des dispositifs sanitaires ont été mis en place. À l’entrée de certaines fermes, des agents pulvérisent des solutions désinfectantes sur les pneus des véhicules afin de limiter la propagation du virus.
Les pertes sont déjà lourdes pour les éleveurs. Dans une coopérative regroupant 22 producteurs, plus de la moitié des 245 bovins ont été contaminés et plusieurs animaux ont succombé. La maladie provoque des lésions dans la bouche et entre les sabots, empêchant les ruminants de se nourrir correctement et les affaiblissant considérablement.
Les restrictions sanitaires imposées dans les zones touchées compliquent encore la situation. Les autorités ont interdit toute vente ou abattage de bétail destiné à la consommation, ce qui prive les exploitations de leurs principales sources de revenus. Dans certains cas, les pertes financières se chiffrent déjà à plusieurs centaines de milliers de rands.
De nombreux éleveurs dénoncent un manque d’anticipation des autorités, estimant que la vaccination aurait dû être lancée plus tôt pour éviter l’extension de la maladie. L’obligation de garder les animaux confinés contraint également les agriculteurs à acheter du fourrage, une dépense supplémentaire difficile à supporter pour les petites exploitations.
Cette crise a aussi des répercussions sur les exportations. Plusieurs pays ont suspendu l’importation de viande bovine sud-africaine, ce qui fragilise davantage un secteur déjà sous pression.
Face à la situation, le gouvernement a annoncé l’arrivée de plusieurs millions de doses de vaccin destinées à lutter contre les souches en circulation. Les autorités sanitaires comptent privilégier une stratégie ciblée afin de protéger les zones les plus exposées, alors que des millions de bovins se trouvent à proximité des foyers identifiés.
Dans la région de Humansdorp, les inquiétudes grandissent également autour de l’industrie laitière locale. Une nouvelle contamination a été signalée à proximité d’une importante exploitation laitière, ce qui ravive les souvenirs de l’épisode de 2024, qui avait déjà coûté très cher aux producteurs.
Les vaches laitières semblent particulièrement vulnérables à la maladie, qui peut infecter les pis et rendre le lait impropre à la consommation.
Comme si cela ne suffisait pas, les éleveurs doivent aussi faire face à une longue période de sécheresse. Les précipitations enregistrées ces derniers mois représentent à peine 60 % des niveaux habituels, fragilisant davantage les pâturages et les réserves d’eau.
Dans cette province qui abrite l’un des plus importants cheptels bovins du pays, les agriculteurs redoutent désormais que la maladie continue de s’étendre, d’autant que certains spécialistes estiment que le virus pourrait aussi se propager avec les vents.
Pour les éleveurs du Cap oriental, l’avenir de leur activité dépend désormais de la rapidité et de l’efficacité des mesures sanitaires mises en place pour contenir l’épidémie, d’après TV5MONDE.
PAR AMINATA S.



