Le Nigeria est le principal marché pour les produits laitiers en Afrique de l’Ouest. Depuis 2025, Abuja affiche sa volonté de réduire sa dépendance aux importations en développant l’industrie locale avec l’appui du secteur privé.
Au Nigeria, les acteurs de la filière laitière cherchent à tirer des enseignements de l’expérience kényane. À cet effet, une délégation de la Commercial Dairy Ranchers Association of Nigeria (CODARAN), organisation professionnelle représentant les acteurs de la filière laitière commerciale du pays, a engagé une mission d’échange d’expériences (benchmarking) d’une semaine dans le pays d’Afrique de l’Est.
Selon un communiqué publié par le Kenya Dairy Board (KDB) le 22 septembre, la délégation nigériane vient explorer les bonnes pratiques mises en œuvre au sein de la chaîne de valeur laitière kényane, de la production à la commercialisation, avec un intérêt particulier pour la qualité, la réglementation, la productivité et le développement du marché.
Un modèle kényan qui suscite l’intérêt
Le choix du Kenya pour cette mission n’est pas anodin. Le pays d’Afrique de l’Est s’impose en effet comme le principal producteur de lait en Afrique subsaharienne.
En 2025, le pays a produit 5,5 millions de tonnes de lait frais, soit une progression de 3,5 % sur un an et un nouveau record, selon les données du Bureau national des statistiques (KNBS) rapportées par l’Agence Ecofin. La transformation progresse également. Le volume de lait transformé a atteint 701 500 tonnes en 2025, en hausse de 13,4 % sur un an.
Si le KNBS n’explique pas les raisons de cette embellie en 2025, on sait que Nairobi met en œuvre depuis 2023, à travers le Conseil laitier (KDB), une feuille de route pour la durabilité de l’industrie laitière sur une période de 10 ans. Les interventions prévues dans le cadre de cette stratégie sont axées sur l’amélioration de l’accès des éleveurs aux aliments pour animaux et aux services vétérinaires, avec pour objectif de doubler la production journalière de lait frais par vache pour la porter à près de 14 litres.
Quoi qu’il en soit, les performances de l’industrie kényane en 2025 donnent néanmoins un aperçu de l’expérience sectorielle que les producteurs nigérians viennent étudier.
Une filière nigériane en pleine mutation
Cette démarche du secteur privé nigérian au Kenya prend une importance particulière, d’autant plus que l’industrie laitière nigériane est en pleine transformation. En juin 2025, le gouvernement avait annoncé son ambition de doubler la production nationale de lait pour la porter à 1,4 million de tonnes par an d’ici 2030. Abuja a également prévu d’associer les États fédérés, le secteur privé, les partenaires techniques et les communautés pastorales à l’élaboration d’une feuille de route commune en vue de renforcer les capacités de production et de transformation.
Depuis, plusieurs projets impliquant des opérateurs privés ont déjà été annoncés en ce sens. En juin 2026, Pure Dairy Herds a annoncé des démarches visant à mettre en place une ferme laitière de 250 millions de dollars dans l’État d’Ogun, même si les détails sur sa capacité de production n’ont pas encore été communiqués.
Quelques mois plus tôt, en mars 2026, le fonds souverain nigérian NSIA a signé un protocole d’accord avec le gestionnaire britannique Asset Green Ltd pour un projet estimé à près de 500 millions de dollars. Celui-ci prévoit la valorisation de 20 000 hectares de cultures fourragères, une ferme pouvant accueillir 10 000 vaches laitières et une unité de transformation d’une capacité annuelle de 200 000 tonnes.
Cette dynamique avait également été amorcée en juin 2025 avec le groupe agroalimentaire qatari Baladna, qui a annoncé son intention d’investir dans une activité de production et de transformation laitières dans l’État d’Ogun. Le coût du projet et sa capacité n’avaient alors pas été précisés.
La mission menée au Kenya montre que les professionnels nigérians ne cherchent pas seulement à mobiliser des capitaux pour accroître l’offre locale. Ils veulent également tirer des enseignements d’une filière qui dispose d’une expérience plus avancée en matière de productivité, de réglementation, de contrôle de la qualité et de transformation. Reste à voir dans quelle mesure ces pratiques pourront être adaptées aux réalités de la filière nigériane.
Source : Agence Ecofin
