Des analyses de laboratoire sur du tilapia d’élevage en Zambie ont révélé la présence de plusieurs bactéries résistantes aux antibiotiques dans du tilapia destinés à la vente. Ces poissons infectés qui semblaient en bonne santé rappellent le risque auxquels peuvent être exposés les fermes piscicoles.
Le Journal of Interventional Epidemiology and Public Health a examiné 118 tilapias du Nil recueillis dans 11 fermes. Les poissons venaient de Kafue et Siavonga, deux zones importantes de production aquacole en Zambie.
La recherche a impliqué plusieurs institutions, dont l’Université de Zambie, le Département des services vétérinaires, le Département de la pêche, l’Institut central de recherche vétérinaire et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.
Poissons apparemment en bonne santé
Les tilapias ont été collectés dans des utilisant des étangs et des cages. L’aquaculture en étang est plus courante à Kafue, tandis que la production à Siavonga, sur le lac Kariba, se fait principalement dans des cages installées en eau libre.
Ces systèmes de production ne sont pas exposés exactement aux mêmes risques. Dans un étang, les éleveurs peuvent mieux contrôler l’eau, l’alimentation et le mouvement des poissons. L’élevage en cage profite de la circulation naturelle de l’eau, mais reste plus exposé à la pollution, aux fluctuations environnementales et aux agents pathogènes qui se déplacent dans l’écosystème plus large du lac.
Les analyses en laboratoire ont détecté plusieurs groupes de bactéries. Les espèces présumées de Vibrio étaient les plus fréquemment identifiées, présentes chez 47,5 % des poissons. Elles étaient suivies par Lactococcus garvieae à 37,3 %, les espèces présumées de Salmonella à 35,6 % et Escherichia coli à 15,3 %.
Ces résultats ne signifient pas que tous les poissons étaient malades ou dangereux pour les consommateurs. Les animaux sélectionnés ne montraient aucun signe visible de maladie. Les identifications bactériennes étaient également présumées car elles étaient principalement basées sur des cultures et des tests biochimiques. Des analyses moléculaires seraient nécessaires pour confirmer l’espèce exacte et caractériser plus précisément leurs gènes de résistance.
Une résistance qui mérite de l’attention
Le constat le plus préoccupant concernait la résistance aux antimicrobiens. Tous les isolats présumés d’E. coli étaient résistants à l’ampicilline. Les isolats présumés de Lactococcus garvieae obtenus dans les systèmes en cage étaient résistants à tous les antibiotiques testés. Des niveaux élevés de résistance ont également été observés chez certains isolats de Vibrio.
Pour les pisciculteurs, la résistance aux antimicrobiens peut devenir un vrai problème lorsqu’une flambée de maladie bactérienne se produit. Un traitement qui normalement devrait fonctionner peut devenir inefficace, laissant l’infection se propager davantage, augmenter la mortalité et réduire les revenus de la ferme.
C’est pourquoi prévenir les maladies est généralement plus efficace que d’attendre que le traitement devienne nécessaire. Une bonne gestion de la qualité de l’eau, des densités de peuplement appropriées, des alevins sains et une manipulation soigneuse peuvent tous aider à réduire le stress et à limiter les conditions dans lesquelles les infections se développent.
Très peu de résidus dans la chair du poisson
L’étude a néanmoins produit une constatation rassurante. Parmi les 118 poissons examinés, un seul contenait des résidus détectables de pénicilline G. Aucun résidu des autres antibiotiques étudiés n’a été détecté chez les poissons élevés en étangs ou dans la grande majorité des échantillons issus de cages.
La présence de bactéries résistantes ne prouve donc pas que les éleveurs administrent directement ou de manière excessive des antibiotiques à leurs poissons. La contamination peut également provenir de l’environnement environnant.
Le fumier de volaille utilisé pour fertiliser certains étangs, le ruissellement des élevages, les eaux usées non traitées, l’alimentation contaminée et les activités agricoles en amont peuvent introduire des bactéries résistantes dans les environnements aquatiques. Dans les systèmes en cages, l’eau relie les fermes individuelles à tout l’écosystème. La pollution provenant d’ailleurs peut finir par atteindre les poissons élevés.
Augmenter la production de l’aquaculture en Zambie tout en protégeant la santé
Les chercheurs recommandent une surveillance renforcée des bactéries résistantes et des résidus d’antimicrobiens, un suivi régulier de la qualité de l’eau et une meilleure biosécurité dans les fermes. Les vaccins, les probiotiques et de meilleures pratiques d’élevage pourraient aussi aider à prévenir les maladies et réduire le recours aux antibiotiques.
Pour la Zambie, l’objectif n’est pas de freiner le développement de l’aquaculture. Il est de s’assurer que l’industrie se développe sans compromettre la santé des poissons, les moyens de subsistance des agriculteurs, l’environnement ou la sécurité des consommateurs.
Voici le sens pratique de l’approche One Health : dans une ferme aquacole, la santé des poissons est étroitement liée à la qualité de l’eau, au bétail et aux activités agricoles environnants, à la sécurité alimentaire et à la santé de la communauté en général.
Sandrine KOUADJO et Africavet
