Longtemps considéré comme l’un des grands pays d’élevage d’Afrique de l’Ouest, le Mali fait aujourd’hui face à une situation paradoxale. Malgré un important cheptel composé de millions de bovins, d’ovins et de caprins, la viande devient progressivement un produit de plus en plus coûteux pour les ménages.
À Bamako comme dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, le kilogramme de viande de bœuf se vend désormais entre 4 500 et 5 000 FCFA, voire davantage selon les quartiers et la qualité du produit. Cette hausse continue des prix réduit le pouvoir d’achat des consommateurs et soulève des inquiétudes sur l’état de la filière pastorale.
À l’origine de cette flambée se trouve la diminution du nombre d’animaux destinés à l’abattage. L’insécurité persistante dans les principales zones d’élevage perturbe fortement les activités pastorales. Dans le centre et le nord du Mali, de nombreux éleveurs ont été contraints de modifier ou d’abandonner leurs itinéraires de transhumance en raison des attaques armées, des vols de bétail et des difficultés d’accès aux pâturages.
Les restrictions de circulation sur plusieurs axes routiers ainsi que l’augmentation des coûts de transport compliquent également l’acheminement des animaux vers les grands marchés à bétail. Cette baisse de l’offre se répercute directement sur les abattoirs et les bouchers.
Selon des informations rapportées par Mali Tribune, l’Abattoir frigorifique de Sabalibougou-Courani enregistre une diminution d’environ 60 % de ses abattages quotidiens, conséquence directe des difficultés d’approvisionnement. Cette situation affecte l’ensemble de la chaîne de valeur, des éleveurs aux consommateurs, en passant par les transporteurs, les commerçants, les bouchers et les restaurateurs.
Comme le veut la loi du marché, une offre en baisse face à une demande toujours soutenue entraîne une hausse des prix. La viande, aliment essentiel dans de nombreux foyers maliens, devient ainsi de moins en moins accessible, obligeant certaines familles à réduire leur consommation ou à se tourner vers des sources de protéines moins coûteuses.
Au-delà de son impact sur le pouvoir d’achat, cette crise met en évidence la fragilité de l’économie pastorale malienne face aux défis sécuritaires. L’élevage constitue l’un des principaux secteurs économiques du pays et assure les revenus de millions de personnes. Lorsque les éleveurs ne peuvent plus accéder librement aux pâturages ou aux marchés, c’est toute l’économie qui en subit les conséquences.
Les acteurs de la filière plaident depuis plusieurs années pour une meilleure sécurisation des couloirs de transhumance, la protection des marchés à bétail, le renforcement des infrastructures pastorales et un accompagnement accru des éleveurs.
À défaut de solutions durables, les professionnels redoutent que la hausse actuelle des prix ne se poursuive. Derrière l’augmentation du prix de la viande se dessine en réalité une crise plus profonde, où les enjeux de sécurité, de production et d’approvisionnement sont désormais étroitement liés. Le défi pour le Mali sera de préserver son important potentiel d’élevage afin d’assurer durablement la sécurité alimentaire et les revenus des populations rurales, rapporter par BAMADA.NET.
PAR AMINATA.S



