Raccourcir le délai entre le signal et la réponse, telle est l’objectif qui a motivé l’équipement des laboratoires du Togo par la FAO pour une valeur de 150 millions FCFA.
À l’échelle d’un pays, la différence entre une alerte maîtrisée et une crise qui s’installe tient parfois à une question très simple : combien de temps s’écoule entre le moment où un animal tombe malade… et celui où un laboratoire peut confirmer ce qui circule vraiment.
C’est précisément ce « temps de réponse » que la FAO entend réduire au Togo. À Lomé, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture annonce la mise à disposition d’équipements pour renforcer les laboratoires vétérinaires et améliorer la riposte face aux urgences sanitaires, grâce à un financement de 150 millions de FCFA apporté par le Pandemic Fund.
Selon Oyétounde Djiwa, responsable du bureau de la FAO à Lomé, cet appui doit permettre aux laboratoires et à l’Institut national d’hygiène de renforcer leurs capacités à diagnostiquer, surveiller et contrôler les maladies animales.
Un laboratoire vétérinaire n’est pas seulement un lieu de tests. C’est un poste avancé de la sécurité sanitaire : il confirme, écarte, typifie, mesure, documente. Il répond à des questions dont dépend toute la chaîne de décision, notamment, est-on face à une flambée isolée ou à une circulation plus large ? Quel agent pathogène est en cause ? Quelle est l’étendue géographique, et à quelle vitesse la situation évolue-t-elle ? Quelles mesures doivent être activées : restriction de mouvements, vaccination, abattage sanitaire, communication ciblée ?
Sans capacité analytique fiable, une réponse devient vite « à l’aveugle » : on agit tard, on agit large, on agit coûteux et on découvre parfois après coup que l’agent n’était pas celui qu’on pensait.
Un investissement Pandemic Fund, dans la logique “prévenir-détecter-répondre”
Le financement provient du Pandemic Fund, un mécanisme international conçu pour renforcer les capacités des pays à prévenir, détecter et répondre aux menaces épidémiques. Le Fonds a été approuvé par la Banque mondiale en 2022, avec le soutien du G20, et la Banque mondiale en assure la fonction de trustee et héberge son secrétariat.
Le Pandemic Fund insiste sur la correction des faiblesses révélées par la Covid-19, notamment en matière de préparation et de capacité de réponse, en finançant des investissements structurants, dont la mise à niveau des laboratoires.
L’information publiée évoque une dotation en équipements, mais sans détailler leur nature (diagnostic, chaîne du froid, biosécurité, informatique, etc.).
Or, l’efficacité d’un renforcement de laboratoire dépend rarement d’un seul achat. Elle dépend d’un système complet, où l’équipement n’est qu’un maillon.
Si l’objectif est d’améliorer la riposte, trois questions doivent guider la suite.
La première concerne la capacité analytique sera-t-elle durable. Un équipement sans consommables, sans maintenance, sans contrat de service, sans budget récurrent devient vite une vitrine. Le succès se mesure à des indicateurs très concrets, à savoir : délais de rendu des résultats (turnaround time), taux de tests invalides, continuité de fonctionnement (zéro “rupture”), participation à l’assurance qualité.
Pour la seconde, il s’agit de comment les échantillons arriveront-ils à temps et en bon état ?
Dans de nombreux pays, le goulot d’étranglement n’est pas le test, mais le transport : prélèvement, triple emballage, chaîne du froid, acheminement, traçabilité de la demande. Un laboratoire plus performant gagne une partie de sa valeur si le réseau de prélèvement et la logistique suivent.
La FAO équipe les laboratoires vétérinaires au Togo à hauteur de 150 millions FCFA
Enfin, les données produites seront-elles actionnables ?
Renforcer un laboratoire, c’est aussi renforcer la gouvernance des données : qui reçoit les résultats, comment les alertes sont escaladées, comment l’information vétérinaire alimente la santé humaine lorsque le risque est zoonotique. Le fait que l’annonce cite aussi l’Institut national d’hygiène suggère une volonté de mieux articuler l’interface animal–humain.
Sandrine KOUADJO et FAO



